Résolution 68 :le secteur privé décolle mais l'intégration des PME reste un défi
VNA•10/08/2026 14:35
Un an après le lancement de la Résolution n° 68-NQ/TW, le secteur privé a connu des évolutions positives, mais la diffusion de cette politique doit être plus équilibrée.
Un an après l'entrée en vigueur de la résolution n° 68-NQ/TW relative au développement de l'économie privée, le paysage économique vietnamien affiche des perspectives plus prometteuses, marquées par une forte transformation des grands groupes économiques et des réformes institutionnelles novatrices. Le bilan de la première année de mise en œuvre, dressé par le ministère des Finances, révèle un nouveau dynamisme, marqué par la diversification des sources de capitaux et la levée de nombreux verrous administratifs. Toutefois, derrière les chiffres de croissance impressionnants et les projets de plusieurs milliards de dollars, l’accès effectif des « vaisseaux sanguins » de l’économie — les petites, micro-entreprises et foyers d’affaires — aux politiques de soutien reste un défi de taille.
Financement : une mutation du dogme bancaire
Afin de mettre en œuvre la résolution 68-NQ/TW, le gouvernement a enjoint les ministères et secteurs à déployer simultanément des solutions pour faciliter l'accès au crédit et innover les méthodes de financement. Le changement le plus marquant réside dans l'évolution des pratiques d'octroi de crédit au sein du secteur bancaire.
Sous l'impulsion de la Banque d'État, les établissements de crédit privilégient désormais des capitaux pour le secteur privé, en encourageant le financement par chaîne de valeur et les prêts basés sur les flux de trésorerie, s'éloignant progressivement du modèle traditionnel reposant exclusivement sur les garanties immobilières.
Les chiffres officiels témoignent de cette avancée : à la fin de décembre 2025, l'encours de crédit aux PME a atteint plus de 3,65 millions de milliards de dongs (139,13 milliards de dollars), soit une hausse de 21,73 % par rapport à 2024.
À la fin de décembre 2025, l'encours de crédit aux PME a atteint plus de 3,65 millions de milliards de dongs, soit une hausse de 21,73 % par rapport à 2024. Photo: Vietnam+
Parallèlement, le levier financier public, via la Résolution n° 198/2025/QH15, a ouvert d'importantes perspectives pour les projets verts et durables. La bonification d'intérêt de 2 % par an accordée aux entreprises et aux ménages mettant en œuvre des projets d'économie circulaire et appliquant les normes ESG (Environnement, Social, Gouvernance) contribue non seulement à réduire les coûts du capital, mais aussi à orienter le développement du secteur privé vers les tendances mondiales. Le gouvernement examine actuellement en urgence l'adoption de deux décrets pour accélérer le déploiement de ces fonds via le système bancaire et les fonds financiers étatiques.
Malgré ces avancées macroéconomiques, une fracture persiste sur le terrain. Le docteur Le Duy Binh, directeur d’Economica Vietnam, souligne que la résolution 68 a suscité un vif enthousiasme, mais que son impact reste inégal.
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L’enthousiasme se concentre principalement sur les grandes entreprises avec des projets de centaines de milliers de milliards de dongs. L’impact positif ne semble pas encore s'être propagé avec la même force vers le segment des micro-entreprises.
Le docteur Le Duy Binh, directeur d’Economica Vietnam
Ce constat est partagé par Tran Van Hieu, directeur de la société DACE, spécialisée dans l'exportation de produits agricoles biologiques. Bien que son entreprise soit en pleine croissance en 2025, l'accès au soutien financier reste théorique.
« Nous n’avons aucune information sur ce paquet de bonification de 2 %. Nos banques partenaires ne communiquent pas non plus sur le sujet. En attendant, nos taux d'intérêt dépassent les 10 %, ce qui pèse lourdement sur une production en lien direct avec les agriculteurs », déplore-t-il.
Le taux d'intérêt pour des entreprises dépassent les 10 %, ce qui pèse lourdement sur une production en lien direct avec les agriculteurs. Photo : Vietnam+
Le cas de DACE montre un paradoxe : des entreprises disposant de flux de trésorerie sains, de certifications internationales et de marchés à l'exportation restent confrontées à un resserrement du crédit. Tran Van Hieu critique notamment l'uniformisation des taux d'intérêt entre le secteur productif agricole et l'immobilier ainsi que la persistance des barrières liées aux actifs de garantie.
Un autre point d'inquiétude soulevé par le docteur Le Duy Binh concerne la gestion administrative des foyers d'affaires et de micro-entreprises. Considérés comme des « objets de gestion » plutôt que des « partenaires », certains choisissent la stratégie de la « miniaturisation » : diviser leurs revenus pour rester sous les seuils d'imposition ou privilégier les transactions en espèces pour échapper aux contrôles. Ce phénomène renforce l'économie informelle, à rebours des objectifs de modernisation et de transparence de la Résolution 68.
Bien que les politiques macroéconomiques aient profondément influencé la vie pratique des entreprises, un fossé persiste. Photo : Vietnam+
Infrastructures et réformes institutionnelles
Parallèlement à ces difficultés, la création et l’essor des grands groupes privés est indéniable. L'adoption de la loi n° 90/2025/QH15, qui modifie et complète huit lois relatives aux finances, aux marchés publics et à l’investissement sur le partenariat public-privé (PPP), a considérablement élargi le champ d'action des entreprises privées.
L’année 2025 a vu le lancement ou l'achèvement de 564 projets pour un investissement total de 5,2 millions de milliards de dongs, dont 75 % proviennent du secteur privé, ce qui montre le rôle de direction de ce secteur. La mise en œuvre du programme de développement de 1 000 entreprises pionnières et du programme d’expansion sur les marchés internationaux pour la période 2026-2030, tel que stipulé dans les décisions du Premier ministre, crée une base solide permettant aux principales entreprises vietnamiennes de participer plus profondément à la chaîne de valeur mondiale.
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Le passage d'une mentalité de « pré-inspection » à celle d'un « accompagnement et contrôle a posteriori » permet aux entreprises de réaliser des économies substantielles en termes de temps et de coûts de mise en conformité. Photo : Vietnam+
Dans le secteur du bois, Ngo Sy Hoai, vice-président de l’Association vietnamienne du bois et des produits forestiers (Viforest), salue le passage d'une mentalité de « pré-inspection » à celle d'un « accompagnement et contrôle a posteriori ». Cette évolution permet aux entreprises de l'industrie du bois de réaliser des économies substantielles en termes de temps et de coûts de mise en conformité.
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Grâce à la numérisation et à l'interconnexion des services, les délais administratifs liés au foncier, à l'environnement, à la sécurité incendie et aux remboursements d'impôts sont considérablement réduits, ramenant parfois le temps de préparation des dossiers de plusieurs semaines ou plusieurs mois.
Ngo Sy Hoai, vice-président de l’Association vietnamienne du bois et des produits forestiers
Toutefois, le secteur reste vulnérable aux chocs extérieurs. Au premier semestre 2026, le chiffre d'affaires à l'exportation a atteint 7,02 milliards de dollars, soit une progression modeste de 2,9 %, bien en deçà des attentes initiales. Plus préoccupant encore, le segment de la transformation poussée, moteur de la valeur ajoutée, a enregistré un recul de 3,5 %. Cette contre-performance s'explique par la hausse des coûts logistiques et des matières premières, mais aussi par des barrières techniques rigoureuses et des enquêtes commerciales sur les marchés clés, notamment le marché américain.
Au premier semestre 2026, le chiffre d'affaires à l'exportation a atteint 7,02 milliards de dollars, soit une progression modeste de 2,9 %, bien en deçà des attentes initiales. Plus préoccupant encore, le segment de la transformation poussée, moteur de la valeur ajoutée, a enregistré un recul de 3,5 %.
« Les États-Unis représentent jusqu'à 50 % du chiffre d'affaires à l'exportation du secteur. Les modifications des politiques tarifaires, les enquêtes sur le travail forcé et la surcapacité rendent les importateurs prudents et retardent la signature des contrats », indique Ngo Sy Hoai.
Face à ces défis, le gouvernement vietnamien entend renforcer la résilience du secteur privé et l’adaptation aux standards internationaux stricts pour en faire le véritable moteur de la croissance nationale.
Nguyen Duc Tam, vice-ministre des Finances, identifie le manque d'accès aux ressources fondamentales - capital, foncier, technologie et main-d'œuvre - comme le principal frein actuel pour le secteur privé.
Le gouvernement vietnamien entend renforcer la résilience du secteur privé et l’adaptation aux standards internationaux stricts pour en faire le véritable moteur de la croissance nationale. Photo : Vietnam+
Pour y remédier, le ministère s'engage sur trois axes stratégiques : une réforme fiscale incitative avec des avantages spécifiques pour la recherche et développement (R&D) et l'innovation et les exonérations de frais et de taxes pour les start-ups technologiques ; une optimisation des fonds publics pour les petites et moyennes entreprises, et une amélioration de l'accès au foncier par une gestion transparente des actifs publics excédentaires.
Le ministère des Finances proposera des incitations fiscales spécifiques pour les activités de recherche et développement (R&D) et d'innovation. Photo : Vietnam+
L'ambition numérique du ministère des Finances vise également à porter 100 % des services publics des douanes et de la fiscalité au niveau 4, permettant ainsi aux entreprises de réduire leurs coûts de mise en conformité et d'améliorer la prévisibilité de leur environnement commercial.
Un an après la mise en œuvre de la résolution 68, si un nouveau cadre juridique et une nouvelle approche ont été instaurés, les experts soulignent que l'efficacité réelle dépendra de la célérité de l'exécution au niveau local, notamment au sein du système bancaire et des autorités locales. Au-delà du soutien aux grands groupes, la vitalité de l'économie résiliente et durable reposera sur la capacité de l'État à nourrir les millions de micro-entreprises qui constituent les cellules vitales du tissu économique national.
L'année 2026 s'annonce encore plus volatile sur le marché international, mais grâce aux efforts du gouvernement et à l'adaptation proactive du monde des affaires, le secteur privé s'efforce de surmonter cette épreuve et de devenir un moteur de croissance pour le pays. Selon des experts, le plus important aujourd'hui n'est pas seulement la croissance, mais le renforcement de la confiance, la promotion de l'esprit de start-up et la création d'un écosystème équitable où chaque entreprise, quelle que soit sa taille, se sent protégée, accompagnée et bénéficient de chances égales de développement./.
Un an de mise en œuvre de la résolution 68, un nouveau cadre juridique et une nouvelle mentalité se sont instaurés. Photo : Vietnam+
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