Une coordination étroite des politiques budgétaire et monétaire permet de garantir la liquidité et favoriser de nouveaux moteurs de croissance.

Dans la gestion macroéconomique, les politiques budgétaire et monétaire sont souvent comparées à deux roues d'un même chariot. Pour que le chariot économique du Vietnam progresse avec assurance vers ses objectifs ambitieux de croissance à deux chiffres pour la période 2026-2030, ces deux leviers fondamentaux doivent impérativement faire l’objet d’une coordination caractérisée par un équilibre dynamique constant.
Une politique budgétaire expansionniste conjuguée à une politique monétaire restrictive ferait grimper les taux d'intérêt et freinerait l'investissement privé. À l'inverse, un assouplissement simultané des deux politiques augmenterait le risque d'une inflation hors de contrôle.
Au regard de sa situation financière actuelle, le Vietnam dispose d'un atout majeur : une importante marge de manœuvre budgétaire. La dette publique est passée de 42,7 % du produit intérieur brut (PIB) en 2021 à environ 36-37 % à la fin de 2025, bien en deçà du plafond fixé à 60 %. Cette réserve stratégique offre au gouvernement une capacité accrue de mobiliser des ressources pour financer de grands projets d'infrastructure, tels que la ligne ferroviaire à grande vitesse Nord-Sud ou des pôles d'énergie propre.
Le professeur associé et docteur Nguyen Thuong Lang, de l’Institut du commerce et de l’économie internationale relevant de l’Université nationale d’économie, estime que pour porter sa croissance à 10 % par an, le Vietnam doit impérativement adopter un nouveau modèle de développement fondé sur les progrès scientifiques et technologiques ainsi que sur l'amélioration continue de la productivité totale des facteurs (PTF). Analysant des objectifs fixés pour la période 2026-2030, il a indiqué que la contribution de la PTF à la croissance devrait passer de 45 % à 55 %. La part de l’économie numérique devrait augmenter de 14,6 % à environ 30 % du PIB.
La dette publique du Vietnam est passée de 42,7 % du produit intérieur brut (PIB) en 2021 à environ 36-37 % à la fin de 2025, bien en deçà du plafond fixé à 60 %.
Pour atteindre ces objectifs, le professeur associé Nguyen Thuong Lang a souligné la nécessité d’assurer une coordination entre une politique budgétaire élargie et une politique monétaire souple. Il propose d’augmenter la part des dépenses consacrées aux investissements de développement au-delà de 50 % des dépenses publiques et de consacrer environ 2 % du PIB à la recherche et au développement. Selon lui, ces investissements jetteront les bases du développement des industries de pointe, telles que les semi-conducteurs et l'intelligence artificielle (IA).

Sur le plan monétaire, il préconise de maintenir la croissance de la masse monétaire M2 à 13 % et celle du crédit à environ 15 % en 2026, afin de préserver la liquidité tout en maîtrisant l'inflation. Cette coordination permettrait non seulement de stimuler la demande grâce à l'amélioration des salaires et de la protection sociale, mais aussi de développer des chaînes d'approvisionnement vertes, aidant ainsi l'économie à sortir du "piège du revenu intermédiaire" et à devenir un pays industriel moderne.
Cependant, la politique monétaire fait face à des limites d’assouplissement. Le ratio du crédit par rapport au PIB a atteint le seuil de 146 %, plaçant le pays parmi les économies en développement dont l'exposition au crédit bancaire est la plus élevée. Par conséquent, la marge pour élargir la masse monétaire via le système bancaire traditionnel s'avère extrêmement restreinte. Toute expansion non maîtrisée par cette voie mettrait en péril la sécurité globale du système financier.

Lors d’une séance de travail avec la Banque de l’État du Vietnam organisée à la fin du mois d’avril, le Premier ministre Le Minh Hung a demandé au secteur bancaire d’adapter la croissance du crédit à l’évolution de la situation économique. L’objectif envisagé reste une progression d’environ 15 % en 2026 afin de soutenir les perspectives de croissance.
Le chef du gouvernement a également insisté sur la nécessité de mieux orienter les flux de capitaux vers les activités de production, les secteurs prioritaires et les moteurs de croissance à long terme. Dans le même temps, la Banque de l’État est appelée à renforcer le contrôle des crédits accordés aux secteurs présentant davantage de risques.
Notamment, le Premier ministre a également demandé de limiter les flux financiers destinés aux opérations de spéculation ou au stockage d’actifs, notamment dans certains segments du marché de l’or ou de l’immobilier considérés comme plus risqués. Cette orientation vise à réduire les risques de formation de bulles de prix et à préserver la stabilité de l’économie.
L’un des défis rencontrés au cours des dernières années concerne le décalage entre la mise en œuvre des différentes politiques. À certaines périodes, les taux d’intérêt ont été réduits afin de soutenir les entreprises, alors que les investissements publics progressaient plus lentement. Dans ces conditions, une partie des ressources financières disponibles n’a pas pu être rapidement orientée vers les activités de production. La coordination entre le ministère des Finances et la Banque d'État du Vietnam doit être renforcée et élevée au rang de priorité stratégique.
Pour concrétiser son ambition d'une croissance accélérée, le Vietnam fait de la réduction des délais d'application des politiques et du renforcement de leur coordination une priorité. Lors de deux réunions stratégiques tenues le 29 avril 2026 avec la Banque d'État du Vietnam et le ministère des Finances, le Premier ministre Le Minh Hung a appelé à une coordination renforcée entre les politiques monétaire et budgétaire afin de mobiliser les ressources nécessaires à cette dynamique. Dans cette approche, la Banque d'État est chargée de piloter la liquidité et les taux d'intérêt, tandis que le ministère des Finances assure la mobilisation et l'allocation des ressources nationales.

Pour concrétiser ce scénario de croissance à deux chiffres, les spécialistes s’accordent sur la nécessité d’un système de solutions interconnectées. La politique budgétaire doit jouer un rôle de premier plan par des investissements publics dans les infrastructures stratégiques, tandis que la politique monétaire sert de soutien pour garantir la liquidité. Le marché financier doit développer davantage les émissions d'obligations d'État et d'obligations d'entreprises afin d'alléger la pression pesant sur le système bancaire.
Les mesures de coordination ne doivent pas se limiter à un simple ajustement des indicateurs macroéconomiques, mais doivent viser la création d’un véritable moteur financier de nouvelle génération pour le pays.
La politique budgétaire doit jouer un rôle de premier plan par des investissements publics dans les infrastructures stratégiques, tandis que la politique monétaire sert de soutien pour garantir la liquidité.

Le docteur Nguyen Quoc Viet, directeur adjoint de l'Institut vietnamien de recherche économique et politique (VEPR) estime que la politique budgétaire doit opérer une véritable "révolution" dans son approche, en relevant résolument le plafond effectif de la dette publique afin de mobiliser les ressources nécessaires au financement des grands projets d'infrastructure structurants.
Selon son analyse, maintenir un faible niveau de dette alors que les besoins pour le système ferroviaire à grande vitesse ou l’infrastructure numérique sont immenses constituerait un gaspillage des coûts d’opportunité. La politique monétaire doit quant à elle jouer le rôle d’ancrage de stabilité en contrôlant l’inflation et les taux de change, créant ainsi un environnement sûr pour absorber ces volumes massifs d’investissements.
Selon le docteur Nguyen Quoc Viet, les politiques budgétaire et monétaire, autrefois axées sur la stabilisation et la relance, doivent désormais devenir de puissants leviers de mobilisation des ressources. Leur coordination devrait permettre de porter la contribution de la productivité totale des facteurs à au moins 60 % d'ici à 2030.

Partageant ce point de vue, le professeur associé Nguyen Thuong Lang ajoute qu’il est indispensable de mettre en place un mécanisme interconnecté d'alerte et de surveillance entre le ministère des Finances et la Banque d’État. Ce mécanisme s’appuiera sur les technologies des données de masse (Big Data) et de l’intelligence artificielle (IA) pour évaluer automatiquement l’impact des politiques. La mise en place d'un dispositif de type "sandbox" pour les technologies financières (FinTech) et les nouveaux modèles économiques favoriserait les investissements en capital-risque et contribuerait à atteindre l'objectif fixé en matière de PTF.
Sur le plan opérationnel, Nguyen Quang Ngoc, chef adjoint du Département des politique de crédit d'Agribank, recommande au gouvernement d'approuver rapidement le plan d’augmentation du capital social des banques commerciales publiques afin de renforcer leur capacité d'octroi de crédits à l'économie réelle. De plus, les autorités doivent accélérer l’unification des systèmes de données démographiques et foncières. Une telle interconnexion permettra aux institutions bancaires d’évaluer les crédits de manière plus rapide et plus précise, allégeant ainsi les procédures administratives complexes pour les entreprises.
À long terme, cette synergie doit viser la formation d’un écosystème d’innovation complet. Dans ce cadre, les ressources budgétaires de l'État se concentreront principalement sur la recherche fondamentale et les infrastructures de données, tandis que le crédit bancaire et les fonds de capital-risque apporteront les capitaux indispensables à la commercialisation des technologies. -VietnamPlus
