Économie bleue : le Vietnam à la recherche d’un équilibre durable

VNA 23/06/2026 08:19

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Classé site pittoresque national en 2018, Hon Yen captive les visiteurs par sa beauté immaculée et la possibilité d'admirer d'anciens récifs coralliens sans avoir à plonger. Photo : VNA

La croissance de l’économie maritime offre de nombreuses opportunités au Vietnam, mais elle engendre également des défis majeurs pour la préservation des milieux marins. Des zones d’élevage de poissons et de crustacés côtières aux célèbres baies touristiques, en passant par les aires marines protégées riches en biodiversité marine, les impacts des déchets plastiques, des rejets terrestres et de l’exploitation non durable sont visibles au quotidien. Dans ce contexte, la sauvegarde de l’environnement marin n’est plus un simple mot d’ordre, mais une condition essentielle pour maintenir les moyens de subsistance des populations, la biodiversité et l’avenir économique du pays.

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Soldats et habitants de la zone spéciale de Truong Sa, dans la province de Khanh Hoa, sont unis pour défendre la souveraineté nationale sur ses mers, ses îles et son plateau continental. Photo : VNA

Le Vietnam possède un littoral de plus de 3 260 kilomètres ainsi que des milliers d’îles et d’archipels. Les espaces maritimes constituent à la fois un milieu de vie et un moteur de croissance nationale indispensable. Les secteurs des ports, du transport maritime, du tourisme, de l’aquaculture et des énergies renouvelables occupent une place de plus en plus importante dans la structure économique. Cependant, cette expansion s’accompagne d’une pression environnementale croissante, causée par l’urbanisation côtière, le trafic maritime, l’extraction des ressources, l’aquaculture intensive et les déchets terrestres acheminés vers la mer par les fleuves et les rivières.

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Le directeur de l'Administration des mers et des îles du Vietnam, Nguyen Quoc Toan. Photo : VnEconomy

Le directeur de l'Administration des mers et des îles du Vietnam, Nguyen Quoc Toan, prévient que sans un contrôle rigoureux des rejets à la source, la qualité environnementale de nombreuses zones côtières continuera de se dégrader. Les milieux naturels essentiels, tels que les récifs coralliens, les herbiers marins et les forêts de palétuviers, continueront de subir des dégradations, ce qui menacera directement l’activité économique des communautés littorales. Le responsable souligne que ces altérations se produisent de façon progressive et discrète, mais qu'elles entraînent des conséquences durables et particulièrement complexes à inverser.

La réalité du terrain montre que les milieux marins ne sont pas seulement affectés par les grands centres industriels ou urbains. Les zones d’aquaculture traditionnelle font elles aussi face à une accumulation croissante de déchets. Dans la province de Khanh Hòa, où la baie de Vân Phong est identifiée comme une zone à fort potentiel pour l’élevage moderne de homards et de poissons, la présence de flotteurs en mousse usagés, de sacs plastiques, d’emballages d’aliments et de déchets ménagers dans les zones d’élevage a a entraîné de sérieux problèmes environnementaux.

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La province de Quang Ninh déploie activement le programme « Baie d'Ha Long sans déchets plastiques ». Photo : VNA

Le directeur du sous-département de la pêche, des mers et des îles de Khanh Hoa, Le Dinh Khiem, rappelle qu’un environnement propre constitue la base d’une aquaculture durable et que le développement à long terme du secteur dépend avant tout de la qualité de l’eau.

Les récentes analyses de surveillance indiquent que la qualité de l’eau dans la baie d’Ha Long atteint un bon niveau et montre des signes d’amélioration, tandis que les récifs coralliens commencent à se régénérer. Ces résultats démontrent qu’une gestion stricte, associée à des investissements ciblés et à l’implication des habitants, permet d’obtenir des effets positifs dans la restauration des milieux marins.

Cette approche s'applique à l'ensemble de la stratégie de développement de l’économie maritime du pays. Dans plusieurs localités, ces principes se traduisent par des actions concrètes. Quang Ninh en est un exemple significatif. Très active dans les domaines du tourisme, du transport maritime et de l'aquaculture, cette province a rapidement compris que l’affaiblissement de la baie de Ha Long et de ses milieux naturels réduirait sa compétitivité économique. La province a ainsi imposé le remplacement complet des flotteurs en mousse par des structures durables en plastique haute densité, procédé au réaménagement des installations aquacoles non conformes et lancé le programme intitulé « Baie de Ha Long sans déchets plastiques ».

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La réserve marine de Con Co s'étend sur environ 4 300 hectares et abrite 954 espèces d'organismes, plus de 260 espèces de poissons et 137 espèces de coraux. Photo : VNA

Dans la province de Quang Tri, la gestion de l'espace protégé de l’île de Con Co s'appuie sur une méthode complémentaire : la protection ne se limite pas au maintien de l’état existant, mais intègre une reconstruction active des milieux naturels. Avec 954 espèces marines recensées et des structures coralliennes préservées, Con Co abrite une grande diversité biologique. Les gestionnaires de la réserve déploient des techniques de culture de corail, de plantation de palétuviers et de renouvellement des ressources aquatiques, tout en utilisant des outils d'intelligence artificielle et d'observation à distance pour suivre l’état du milieu. Cette démarche démontre qu'il ne suffit pas d'interdire l'accès aux ressources, mais qu'il faut restaurer les écosystèmes et proposer des alternatives durables aux populations locales.

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Le professeur associé Nguyen Chu Hoi, docteur en sciences et vice-président permanent de l’Association des pêches du Vietnam. Photo: VNA

L’océan est un espace tridimensionnel à usages multiples et qu’il est donc nécessaire de passer d’un modèle de gestion monosectoriel à une gestion intégrée et interdisciplinaire.

Le professeur associé Nguyen Chu Hoi, docteur en sciences et vice-président permanent de l’Association des pêches du Vietnam

Le professeur associé Nguyen Chu Hoi, docteur en sciences et vice-président permanent de l’Association des pêches du Vietnam, explique que l’océan est un espace tridimensionnel à usages multiples et qu’il est donc nécessaire de passer d’un modèle de gestion monosectoriel à une gestion intégrée et interdisciplinaire. Selon lui, les outils de régulation doivent s’appuyer sur l’ensemble de l’écosystème. Plutôt que de surveiller une seule espèce ou une activité isolée, il convient de prendre en compte l’ensemble de l’habitat et les facteurs qui l’influencent. Il s’agit d’une approche moderne déjà adoptée par plusieurs pays.

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Des bébés tortues marines regagnent l’océan dans le parc national de Núi Chúa, commune de Vĩnh Hải, province de Khánh Hòa. Photo : VNA

Cette vision prend toute son importance alors que le Vietnam procède à la révision de la loi sur les ressources et l’environnement marins et insulaires. Les cadres réglementaires traditionnels ne permettent plus d’atteindre simultanément les objectifs de croissance économique et de préservation de la biodiversité. Le Vietnam s’est fixé pour objectif d’étendre les zones marines et côtières protégées à environ 6 % de la surface maritime nationale d’ici 2030. Toutefois, selon Nguyen Chu Hoi, l’augmentation de la superficie ne suffit pas : la priorité réside dans la capacité de régénération des écosystèmes et dans la diffusion des effets positifs vers les zones marines environnantes.

La préservation des écosystèmes marins ne peut réussir sans la participation active des citoyens. Des initiatives simples mais symboliques, comme l'installation de collecteurs de déchets en forme de poissons portant l'inscription « Pour une mer propre, donnez-moi vos plastiques » sur les plages, dans les ports de pêche et les embarcadères, contribuent à faire évoluer les comportements des habitants et des visiteurs. Dans les villages de pêcheurs de la province de Quang Ninh, le programme « Village de pêche exemplaire » vise à structurer des communautés solidaires, engagées dans une exploitation responsable des ressources et dans la sauvegarde du milieu comme un élément de leur culture locale.

La préservation de la mer repose aussi sur des gestes quotidiens : ne pas jeter de déchets dans l’eau, ramener les détritus à terre après chaque sortie de pêche, utiliser des matériaux durables pour les installations aquacoles et limiter les plastiques à usage unique dans les activités touristiques. Toutefois, pour que ces efforts individuels produisent des effets durables, le pays a besoin d’un cadre réglementaire plus complet, incluant un contrôle strict des rejets côtiers, la mise en œuvre de la responsabilité élargie des producteurs, le développement de l’économie circulaire et l’usage de technologies modernes de surveillance de la pollution.

Préserver la propreté des espaces maritimes dépasse la seule protection de l’environnement. C’est une condition essentielle pour garantir l’activité économique de millions d’habitants des zones côtières, sécuriser l’avenir du tourisme et de la pêche, et réaliser l’ambition du Vietnam de devenir une nation maritime forte et prospère. -VNA

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L'île de Truong Sa Lon du Vietnam. Photo : VNA

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