
Idéalement situé sur le plan stratégique, le Vietnam émerge comme un maillon essentiel de l'économie du transport maritime et de la chaîne logistique mondiale. Cependant, la plus grande part de valeur ajoutée de ce secteur, en particulier la finance maritime, demeure encore sous-exploitée par rapport à son potentiel réel.
Selon les statistiques publiées en 2025 par Lloyd’s List, le Vietnam compte actuellement trois ports figurant dans le top 30 des plus grands ports à conteneurs du monde : Hô Chi Minh-Ville (Cat Lai) classé 22e, Hai Phong au 29e rang et Cai Mep - Thi Vai au 30e rang. La présence simultanée de ces trois grands portails maritimes dans le classement mondial témoigne de la forte croissance des capacités d'exploitation portuaire du Vietnam, consolidant ainsi sa position au sein du réseau de transport international.

Notamment, Hô Chi Minh-Ville s'affirme comme un pôle portuaire majeur de la région, fort d'un système englobant le port de Cat Lai et le complexe en eau profonde de Cai Mep - Thi Vai. Après l'élargissement de ses limites administratives, la mégapole dispose de nouvelles marges de développement, tout en possédant des infrastructures portuaires capables d'accueillir les plus grands porte-conteneurs du monde.
D'après l'Association des agents, courtiers et services maritimes du Vietnam (VISABA), ces atouts spatiaux et infrastructurels posent les jalons permettant à Hô Chi Minh-Ville de devenir un centre portuaire d'envergure régionale.

Une nouvelle dynamique émane des projets portuaires à grande échelle. Le 29 avril, le Comité populaire de Hô Chi Minh-Ville a délivré la décision d'approbation de l'investisseur du projet de Port de transbordement international de Can Gio au consortium composé de la Compagnie générale maritime du Vietnam, de la Société par actions du Port de Saïgon et de Terminal Investment Limited Holding S.A.
Couvrant environ 571 hectares pour un investissement total de 128.872 milliards de dongs (près de 5 milliards de dollars), le projet affiche une capacité nominale de 4,8 millions de TEU d'ici 2030 et de 16,9 millions de TEU d'ici 2047. Il est pressenti pour devenir une plate-forme majeure de transbordement régional, contribuant à renforcer la compétitivité logistique du pays.
Au niveau du complexe portuaire de Cai Mep - Thi Vai, la phase 2 du projet Gemalink a également été lancée avec un investissement de près de 13.800 milliards de dongs, portant la capacité totale du port à 3 millions de TEU par an. Une fois achevé, ce port pourra accueillir des porte-conteneurs d'un port en lourd atteignant 250.000 DWT, dynamisant les capacités d'exploitation en eau profonde et le raccordement du Vietnam aux routes maritimes internationales.
Parallèlement, Hô Chi Minh-Ville planifie le déploiement d'une série de projets portuaires et logistiques pour la période 2026-2030, tels que l'ICD Long Binh, le port polyvalent de Long Son, le port d'accueil des navires de croisière internationaux de Vung Tau ainsi que plusieurs centres logistiques spécialisés.
Il convient de noter que le projet de Zone de libre-échange de Cai Mep Ha est également promu, visant une connexion directe avec l'aéroport de Long Thanh afin de façonner un axe logistique mer-air continu.



La zone de libre-échange (FTZ) de Cai Mep Ha est prévue sur une superficie de plus de 3 800 hectares, à cheval sur les deux quartiers de Tan Phuoc et Tan Hai. Photo : VNA
Cette chaîne de projets dessine progressivement un écosystème portuaire et logistique de grande ampleur, fournissant à Hô Chi Minh-Ville un socle solide pour accroître son rôle dans le réseau de transbordement régional.
En dépit du développement rapide des infrastructures portuaires, le Vietnam manque encore d'un écosystème de services maritimes complet, au sein duquel de nombreux domaines à forte valeur ajoutée demeurent insuffisamment valorisés.
Selon la VISABA, le transport maritime assure jusqu'à 90 % du commerce mondial, tandis que le volume de conteneurs du Vietnam progresse d'environ 15 % par an, soit l'un des taux les plus élevés de la région. Néanmoins, une grande partie des recettes issues de la chaîne des services maritimes est toujours réalisée à l'étranger.
Les activités au Vietnam se concentrent principalement sur la manutention des marchandises dans les ports, alors que les services annexes comme le ravitaillement en carburant, la fourniture de matériel, le relèvement des équipages et les services financiers maritimes restent sous-exploités.
Pham Quoc Long, président de la VISABA
De manière marquante, environ 90 % des primes d'assurance P&I (assurance de responsabilité civile des armateurs) demeurent détenues par des compagnies et des marchés d'assurance basés dans les pays développés. La majorité des services financiers liés au transport maritime vietnamien, tels que le financement du commerce, le règlement des paiements ou le courtage, s'effectue également via des centres financiers internationaux comme Hong Kong (Chine) et Singapour.
Dans les orientations de développement du Centre financier international du Vietnam à Hô Chi Minh-Ville (VIFC-HCMC), la finance maritime est définie comme l'un des quatre piliers essentiels. Le développement de ce secteur devrait aider le Vietnam à mieux exploiter ses atouts en matière d'import-export, tout en renforçant sa capacité de connexion avec les flux de capitaux et le commerce international.
Les experts estiment que la création d'un Centre maritime international à Hô Chi Minh-Ville constituerait une démarche stratégique destinée à compléter les maillons manquants de la chaîne de valeur maritime. À la différence du modèle portuaire traditionnel, ce centre est conçu comme un écosystème à plusieurs niveaux, intégrant l'exploitation portuaire, la logistique, les services aux navires, la finance-assurance, la technologie, la formation et la recherche.





Dans le cadre du développement du Centre financier international du Vietnam à Hô Chi Minh-Ville (VIFC-HCMC), la finance maritime est identifiée comme l’un des quatre piliers majeurs. Photo : VNA
Selon des estimations préliminaires, le seul centre opérationnel d'un tel complexe maritime international pourrait injecter environ 1,3 % supplémentaire au PIB annuel, soit l'équivalent de 6 à 8 milliards de dollars, créer plus de 100.000 emplois qualifiés et attirer de 20 à 30 milliards de dollars d'investissements dans les infrastructures, la construction navale, la réparation et la logistique.
Le président de la VISABA estime que le centre maritime international soutiendra directement le Centre financier international à travers les données, les flux de marchandises et les transactions financières comme l'assurance ou les transactions des marchandises — des éléments fondamentaux pour façonner un centre financier d'envergure.
Plusieurs projets d'infrastructures devraient devenir des maillons clés de cet écosystème. Selon Do Cong Khanh, directeur général adjoint de la Société par actions Gemadept, la phase 2 de Gemalink, située au cœur de la Zone de libre-échange de Cai Mep Ha, reliera directement la chaîne de production, de services et de logistique, posant ainsi les bases permettant à Hô Chi Minh-Ville de développer un centre financier maritime international.
Les spécialistes s'accordent à dire que le Vietnam possède déjà des fondations solides concernant les infrastructures portuaires et le volume de fret ; toutefois, pour passer du statut de puissance portuaire à celui de nation forte en services maritimes, notamment en finance maritime, des réformes structurelles s'imposent.
En développant efficacement les services à haute valeur ajoutée, en tirant parti des opportunités offertes par les projets portuaires majeurs et en bâtissant avec succès un centre financier maritime, le Vietnam sera en mesure de mieux exploiter les ressources de la chaîne d'approvisionnement globale, créant ainsi un nouvel élan pour une croissance économique durable au cours de la prochaine décennie.-VNA
