Le cinéma historique, un vecteur de patriotisme et de soft power
{VNA}•06/10/2026 10:06
Lorsque l’histoire est racontée à travers des destins individuels, dans un langage cinématographique moderne et avec des moyens à la hauteur, le cinéma peut à la fois nourrir l’attachement au pays et devenir un produit culturel compétitif. Il peut ainsi contribuer à transformer les valeurs vietnamiennes en ressources pour le développement et en instruments de soft power, conformément à l’esprit de la Résolution n°80-NQ/TW.
L’histoire à hauteur d’homme
Pour le réalisateur et Artiste émérite Do Thanh Hai, vice-président de l’Association du cinéma du Vietnam, plus de sept décennies de cinéma révolutionnaire vietnamien ont constitué un important patrimoine artistique étroitement lié à l’histoire du pays. Depuis 1953, plusieurs générations de cinéastes ont produit des œuvres qui ont conservé la mémoire de la guerre, mais aussi celle de la vie quotidienne et de l’identité vietnamienne. Des films comme « Chung mot dong song », « Vo chong A Phu », « Vi tuyen 17 ngay va dem », « Em be Hanoï », « Canh dong hoang » ou « Bao gio cho den thang Muoi » ont surtout montré la dimension humaine durant les guerres.
Une scène du film « Vo chong A Phu » (A Phu and His Wife). Photo : VNA
Do Thanh Hai cite ainsi « Canh dong hoang » (The Wild Field), qui évoque la guerre à travers une famille du Sud vivant au milieu des rizières inondées sous la menace des hélicoptères. « Bao gio cho den thang Muoi » (When the Tenth Month Comes), de son côté, aborde les conséquences de la guerre à travers le deuil d’une femme qui cache à son beau-père âgé la mort de son fils. À travers ces destins individuels, le cinéma permet d’aborder l’histoire sous un angle plus humain.
Une scène du film « Canh dong hoang » (The Wild Field). Photo : ArchivesPhim Une scène du film « Vi tuyen 17 ngay va dem » (17th Parallel: Days and Nights). Photo : Département du cinéma du Vietnam Une scène du film « Khi me vang nha » (While the Mother is Away). Photo : Département du cinéma du VietnamUne scène du film « Em be Hanoï » (The Little Girl of Hanoi). Photo : Département du cinéma du VietnamUne scène du film « Den hen lai len » (We Will Meet Again). Photo : ArchivesUne scène du film « Bao gio cho den thang Muoi » (When the Tenth Month Comes). Photo : Département du cinéma du VietnamUne scène du film « Chung mot dong song » (Sharing the Same River). Photo : Département du cinéma du VietnamUne scène du film « Canh dong hoang » (The Wild Field). Photo : Département du cinéma du Vietnam
Après la guerre, d’autres œuvres ont exploré ses conséquences, la mémoire, la réconciliation et la dignité humaine. Selon Do Thanh Hai, leur force tient précisément au fait qu’elles ne demandent pas explicitement au public d’aimer son pays : elles racontent des histoires qui font naître cet attachement. « Toi thay hoa vang tren co xanh » (I See Yellow Flowers on the Green Grass), par exemple, montre comment un village côtier, un paysage familier ou les émotions de l’adolescence peuvent aussi créer un lien profond avec le pays natal.
Une scène du film « Co gai tren song » (The Girl on the River). Photo : ArchivesUne scène du film « Tuong ve huu » (The Retired General). Photo : ArchivesUne scène du film « Trang noi day gieng » (The Moon at the Bottom of the Well). Photo : ArchivesUne scène du film « Doi cat » (Sandy Lives). Photo : VTVUne scène du film « Thuong nho dong que » (Nostalgia for Countryland). Photo : VTV
Le cinéma vietnamien depuis le retour de la paix. Photo : VTV
Une scène de la série télévisée « Ve nha di con » (Come Home, My Dear). Photo : VTVUne scène de la série télévisée « Khong thoi gian » (Timeless). Photo : VTV
Le cinéma transmet ainsi la mémoire historique non seulement en rappelant ce qui s’est passé, mais aussi en permettant aux nouvelles générations d’en comprendre la portée dans leur propre vie.
La télévision joue également ce rôle. La série « Ve nha di con » (Come Home, My Dear), à travers l’histoire d’un père et de ses trois filles, met en avant la responsabilité, la tolérance et les liens entre les générations. « Khong thoi gian » (Timeless) relie quant à elle l’image des soldats vietnamiens en temps de guerre à leurs missions en temps de paix.
Pour Do Thanh Hai, la littérature, les arts, le cinéma et la télévision peuvent aider à mieux comprendre les autres, à réduire les préjugés et à sensibiliser les jeunes générations aux sacrifices de celles qui les ont précédées.
“
« Une œuvre cinématographique ou télévisuelle ne change peut-être pas la société en un jour, mais elle peut modifier le regard d’une personne, nourrir une conviction ou renforcer certaines normes de comportement. Ces changements individuels peuvent progressivement avoir un effet sur la société. C’est aussi une forme de soft power culturel »
Réalisateur et Artiste émérite Do Thanh Hai, vice-président de l’Association du cinéma du Vietnam
Renouveler la manière de raconter l’histoire
Pour la colonelle et réalisatrice Dang Thai Huyen, Artiste émérite et réalisatrice de « Mua do » (Red Rain), un film historique ou consacré à la guerre doit avant tout raconter avec justesse des destins humains. Lors du tournage de « Mua do », les scènes les plus marquantes n’ont pas nécessairement été les grandes séquences de bataille, mais des moments plus intimes : les funérailles sur la rivière Thach Han du personnage de Ta, ou encore des soldats lisant ensemble des lettres de leurs familles et parlant de leurs mères et de leurs rêves d’avenir.
Pour recréer avec réalisme l’univers de « Mua do » (Red Rain), le Cinéma de l’Armée populaire du Vietnam a reconstitué la citadelle de Quang Tri dans des décors conçus avec un grand soin. Photo : page Facebook du film « Mua do »Đoàn phim nhận được sự ủng hộ nhiệt tình của bà con địa phương. Ảnh: VTVHậu trường xúc động của 'Mưa đỏ'.Ảnh: Fanpage phim Mưa đỏHậu trường xúc động của 'Mưa đỏ'. Ảnh: Fanpage phim Mưa đỏ
Le cinéma doit créer une expérience émotionnelle qui permette de comprendre ce que les hommes pensaient, espéraient et choisissaient dans les circonstances les plus difficiles. Plutôt que d’utiliser un événement historique pour présenter un personnage, le destin de ce personnage peut conduire le spectateur au cœur de l’événement.
Une scène du film « Ao lua Ha Dong » (The White Silk Dress). Photo : ArchivesUne scène du film « Dao, pho va piano » (Peach Blossom, Pho and Piano). Photo : VTVUne scène du film « Mua len trau » (Buffalo Boy). Photo : ArchivesUne scène du film « Hong Ha nu si » (Hong Ha Lady Of Letters). Photo : ArchivesUne scène du film « Rom ». Photo : VNA
« L’histoire ne change pas, mais notre manière de la raconter doit évoluer », souligne Dang Thai Huyen. Renouveler le récit ne signifie pas modifier les faits. Les événements et les personnages historiques doivent être respectés, mais les attentes du public et ses façons de découvrir les œuvres ont changé. L’histoire peut ainsi servir de matière à des récits humains racontés avec le regard de chaque époque et de chaque génération.
Le cinéma vietnamien connaît un écho croissant au Vietnam comme à l’international. Photo : VNA
“
L’histoire ne change pas, mais notre manière de la raconter doit évoluer
Do Thanh Hai estime également que, dans la concurrence mondiale pour capter l’attention, notamment celle des jeunes, les cinéastes doivent proposer des histoires ancrées dans l’identité vietnamienne que le public ait réellement envie de regarder. Si les récits vietnamiens ne sont pas suffisamment attractifs, d’autres récits et d’autres modèles occuperont cette place.
La Résolution n°80-NQ/TW du Bureau politique sur le développement de la culture vietnamienne considère la culture comme une ressource pour le développement et une composante importante du soft power national. Pour le cinéma, l’enjeu est donc de transformer les valeurs vietnamiennes en histoires que le public national souhaite voir, retenir et partager, et que le public étranger ait envie de découvrir.
Les films historiques et ceux consacrés aux guerres révolutionnaires disposent à cet égard d’un vaste patrimoine de récits sur l’histoire du pays, le patriotisme, le sacrifice, la solidarité et la quête d’indépendance. Mais la richesse du sujet ne suffit pas : pour transmettre ces valeurs, un film doit d’abord séduire son public.
Pour la période 2026-2031, l’Association du cinéma du Vietnam prévoit notamment d’élaborer un projet de production de films historiques, sur les guerres révolutionnaires et les dirigeants, ainsi que d’œuvres expérimentales, en perspective des grandes commémorations nationales à venir.
Le 10e Congrès de l’Association du cinéma du Vietnam. Photo : VNA
Selon Do Lenh Hung Tu, président de l’Association du cinéma du Vietnam, le pays ne manque ni d’histoires fortes ni de bons scénarios, mais beaucoup de projets ne parviennent toujours pas jusqu’à l’écran. Il juge nécessaire de mettre en place des mécanismes de commande plus souples, d’investir dès la phase de développement et de garantir les moyens nécessaires aux projets de qualité. Concours, ateliers d’écriture et rencontres professionnelles peuvent également favoriser l’émergence de nouvelles idées.
“
Il est nécessaire de mettre en place des mécanismes de commande plus souples, d’investir dès la phase de développement et de garantir les moyens nécessaires aux projets de qualité.
Do Lenh Hung Tu, président de l’Association du cinéma du Vietnam
Dang Thai Huyen insiste pour sa part sur la nécessité d’investir davantage dans les scénaristes, la recherche historique et le temps consacré à la création. Elle propose également de créer une base de données numérique commune destinée aux professionnels du cinéma, regroupant des informations vérifiées sur les événements et personnages historiques, mais aussi les uniformes, armes, équipements, architectures, cartes, photographies et archives audiovisuelles. Un tel outil permettrait de réduire les coûts et le temps de préparation des productions.
Pour Do Thanh Hai, la puissance d’un pays ne se mesure pas uniquement à son économie, mais aussi aux valeurs dont sa population peut être fière et qui lui valent le respect à l’étranger. Par leur capacité à raconter des histoires et à créer des personnages marquants, le cinéma et la télévision peuvent contribuer à faire connaître ces valeurs et, avec elles, la culture et l’identité vietnamiennes. -VNA
Le cinéma constitue l’un des vecteurs du soft power contribuant à promouvoir la culture et l’image du peuple vietnamien dans la nouvelle ère. Photo : VNA
Bình luận của bạn đã được gửi và sẽ hiển thị sau khi được duyệt bởi ban biên tập.
Ban biên tập giữ quyền biên tập nội dung bình luận để phù hợp với qui định nội dung của Báo.