Les produits stratégiques « Make in Vietnam » : placer les entreprises au cœur du développement

LongForm - Ngày đăng : 15:58, 17/09/2026

Si les goulets d’étranglement institutionnels, les obstacles liés au marché et les limites de l’écosystème sont levés, le Vietnam disposera pleinement des bases nécessaires pour maîtriser progressivement les technologies fondamentales, participer plus profondément aux chaînes de valeur mondiales et faire des sciences et technologies un moteur d’un développement rapide et durable à l’ère numérique.

Les produits stratégiques « Make in Vietnam » : placer les entreprises au cœur du développement

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Si les goulets d’étranglement institutionnels, les obstacles liés au marché et les limites de l’écosystème sont levés, le Vietnam disposera pleinement des bases nécessaires pour maîtriser progressivement les technologies fondamentales, participer plus profondément aux chaînes de valeur mondiales et faire des sciences et technologies un moteur d’un développement rapide et durable à l’ère numérique.

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La Résolution n° 57-NQ/TW du Bureau politique a clairement défini les sciences et technologies, l’innovation et la transformation numérique comme des avancées stratégiques, appelées à jouer un rôle clé dans le nouveau modèle de croissance du pays. Photo: VNA

La Résolution n° 57-NQ/TW du Bureau politique a clairement défini les sciences et technologies, l’innovation et la transformation numérique comme des avancées stratégiques, appelées à jouer un rôle clé dans le nouveau modèle de croissance du pays. Elles constituent désormais un axe transversal de l’ensemble des politiques publiques.

Parallèlement à la Résolution n° 57, la Résolution n° 68 sur le développement de l’économie privée, la Résolution n° 59 sur l’intégration internationale dans la nouvelle conjoncture, ainsi que plusieurs autres orientations majeures du Parti et de l’État viennent compléter cette approche du développement, fondée sur les entreprises comme acteurs centraux, le marché comme moteur et les sciences et technologies ainsi que l’innovation comme principaux leviers de développement.

La liste des six produits technologiques stratégiques prioritaires définie dans la Décision n° 2815/QĐ-TTg traduit une évolution importante dans la conception des politiques publiques. Elle place les entreprises au cœur de l’écosystème d’innovation, élément essentiel de l’objectif de croissance à deux chiffres du pays dans la nouvelle ère. Toutefois, un écart important subsiste entre les orientations politiques et leur mise en œuvre concrète. La Décision n° 2815/QĐ-TTg appelle donc des mécanismes suffisamment puissants pour lever les principaux obstacles liés aux institutions, au marché et aux capacités de mise en œuvre.

Le Vietnam bénéficie désormais d'une couverture internet étendue. Photo : VNA

Des défis liés aux mécanismes

Le professeur associé et docteur Dào Ngoc Chien, directeur du Fonds national pour le développement des sciences et technologies (Nafosted), chargé de financer et de commander la mise en œuvre de programmes et de missions scientifiques et technologiques sur fonds budgétaires de l’État, estime qu’en pratique, la mise en œuvre des missions liées aux technologies stratégiques n’en est encore qu’à ses débuts et n’a donc pas encore fait apparaître pleinement les difficultés concrètes.

Il affirme toutefois que les ressources financières ne constituent fondamentalement pas un problème majeur, le gouvernement ayant déjà défini des orientations et mobilisé des ressources en faveur du développement des technologies stratégiques. Sur le plan des ressources humaines, le Vietnam est également en mesure d’attirer et de mobiliser des compétences adaptées.

Le principal défi réside actuellement dans les mécanismes. De nombreuses réglementations restent encore générales, manquent de précisions et ne sont pas suffisamment détaillées pour permettre une mise en œuvre efficace dans la pratique. Certains textes juridiques demeurent trop généraux, ce qui complique leur application. Surtout, les mécanismes et politiques en vigueur ne sont pas encore véritablement adaptés aux différents groupes d’acteurs.

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Par exemple, les instituts de recherche et les universités, qui constituent les forces essentielles de la recherche et de la maîtrise des technologies fondamentales, ont besoin d’un mécanisme de financement forfaitaire souple, permettant d’accepter une certaine prise de risque inhérente à la recherche scientifique. Les entreprises, en revanche, n’ont pas nécessairement besoin d’un soutien budgétaire direct, mais accordent davantage d’importance à des politiques telles que les incitations fiscales et foncières, les barrières techniques, les normes ou encore la protection de la propriété intellectuelle.

Selon le professeur associé et docteur Dào Ngoc Chien, il est nécessaire, dans les temps à venir, de poursuivre le perfectionnement du cadre institutionnel en identifiant correctement les « goulets d’étranglement » propres à chaque groupe d’acteurs afin de mettre en place des politiques adaptées.

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Le professeur associé et docteur Dào Ngoc Chien, directeur du Fonds national pour le développement des sciences et technologies (Nafosted). Photo: VNA

À travers nos enquêtes de terrain, nous avons également constaté que certaines entreprises maîtrisent presque entièrement leurs technologies, voire ont déjà finalisé leurs produits et sont prêtes à les commercialiser. Elles n’ont plus besoin d’un soutien financier à la recherche, puisqu’elles ont déjà franchi cette étape. Ce dont elles ont besoin aujourd’hui, ce n’est pas d’argent, mais de mécanismes - notamment que l’État joue le rôle de premier client

Il a ajouté que certaines entreprises proposent également un mécanisme de soutien fondé sur le « contrôle a posteriori » : après avoir investi avec succès dans la recherche, elles pourraient faire l’objet d’une évaluation et d’un audit des dépenses, l’État prenant alors en charge une partie des coûts.

Abordant le modèle de connexion entre les « trois acteurs » - État, instituts de recherche/universités et entreprises -, le professeur associé et docteur Dào Ngoc Chien a affirmé que ce modèle constituait l’approche la plus appropriée pour développer les produits technologiques stratégiques. En effet, ces technologies doivent par nature présenter un fort contenu scientifique, un niveau d’innovation avancé et la capacité de créer des avantages compétitifs.

Pour y parvenir, la participation des scientifiques est indispensable à la recherche, à la maîtrise et au développement des technologies fondamentales, qui sont ensuite intégrées aux produits des entreprises. Or, toutes les entreprises ne disposent pas des capacités nécessaires pour mener des activités de recherche et développement à un niveau suffisamment approfondi. Lorsque ces deux acteurs parviennent à se connecter, l’État joue un rôle de facilitateur à travers des mécanismes, des politiques et des ressources de soutien adaptés.

Des visiteurs découvrent des activités expérimentales et des expositions présentant les avancées scientifiques et technologiques au Festival de l'innovation et de l'entrepreneuriat de Da Nang – SURF 2026. Photo : VNA

S’agissant des ressources humaines nécessaires au développement des six groupes de produits technologiques stratégiques prioritaires, le Programme de soutien aux doctorants d’excellence pour la période 2026-2030, avec un soutien maximal pouvant atteindre 1 milliard de dongs par an et par doctorant pendant une durée maximale de trois ans, vient d’être approuvé par la Décision n° 2103/QĐ-BKHCN.

D’ici à 2030, le programme devrait soutenir chaque année quelque 100 doctorants d’excellence, avec un niveau de soutien financier compétitif à l’échelle internationale. Il vise ainsi à créer une motivation et une attractivité suffisantes non seulement pour retenir les talents au Vietnam, mais aussi pour attirer des jeunes chercheurs étrangers dans le pays.

Selon le professeur associé et docteur Dinh Van Trung, directeur de l’Institut de physique de l’Académie des sciences et technologies du Vietnam, qui développe notamment des produits technologiques stratégiques tels que des drones (UAV) et des robots autonomes, il est nécessaire de construire un écosystème intégré.

Dans ce cadre, l’État ne doit pas seulement élaborer des mécanismes et des politiques, mais également mobiliser des ressources en faveur des entreprises, afin de les encourager à passer à leur tour des commandes aux instituts de recherche et aux universités. Cette approche contribuerait à établir un circuit de coopération étroit entre l’État, les entreprises et les scientifiques, créant ainsi les fondements nécessaires au développement du marché des technologies et permettant de remédier aux limites du modèle de recherche isolée appliqué auparavant.

L’expérience de la mise en œuvre au sein du groupe MK montre qu’il est tout à fait possible pour les entreprises de maîtriser des technologies lorsqu’elles bénéficient de mécanismes de soutien appropriés. Fort du succès de la caméra à intelligence artificielle destinée à la reconnaissance et à la surveillance, Nguyen Trung Kiên, directeur général de MK Vision, estime que les entreprises ont besoin de commandes concrètes, l’État jouant le rôle de « premier client », notamment pour les produits à double usage. Ces commandes constituent non seulement une ressource directe, mais aussi un moteur essentiel pour inciter les entreprises à poursuivre leurs investissements et à perfectionner leurs technologies.

L’État, premier client

Hoàng Anh Tu, directeur adjoint du Département des sciences techniques et des technologies du ministère des Sciences et des Technologies, estime que « les entreprises sont prêtes à investir dans la recherche et le développement de produits, mais le principal problème réside dans les débouchés commerciaux. De nombreux produits technologiques auront du mal à être perfectionnés et commercialisés s’ils ne disposent pas de possibilités d’être déployés dans la pratique. »

La directrice du Département des sciences et technologies de Hanoï, Cu Ngoc Trang, a indiqué que la capitale envisageait de passer des commandes de systèmes de caméras à intelligence artificielle (IA) avec traitement en périphérie (edge computing), destinés à la gestion d’une ville intelligente, notamment dans les domaines des transports, de l’environnement et de la gestion urbaine.

À Dà Nang, les propositions de commandes portent principalement sur la traçabilité des produits agricoles et la création de cartes numériques, tandis qu’à Cần Thơ, l’intérêt se concentre sur les drones (UAV) destinés à l’agriculture et à la surveillance des risques d’érosion des berges fluviales.

Des employés du Parc national de Tram Chim utilisent des drones pour surveiller les risques d'incendie pendant la saison sèche. Photo: VNA

Au niveau des ministères et organismes centraux, un représentant du ministère de la Construction a indiqué que les besoins d’application des UAV, des robots autonomes et des caméras à IA étaient considérables pour la surveillance des chantiers, des infrastructures de transport et des zones difficiles d’accès. De son côté, le Parquet populaire suprême s’intéresse aux systèmes d’IA destinés à l’analyse des dossiers ainsi qu’à l’utilisation des UAV pour la collecte de données au service du traitement des infractions.

À ce sujet, Hoàng Anh Tu a indiqué que l’État jouerait le rôle de premier client à travers des projets faisant l’objet de commandes publiques, afin de créer un marché initial pour les produits. Ainsi, pour les caméras à IA, des commandes ont déjà été passées pour des applications de surveillance et de sécurité au ministère de la Sécurité publique, pour la construction et les transports au ministère de la Construction, ainsi que pour la santé et l’éducation aux ministères de la Santé et de l’Éducation et de la Formation.

Le système de caméras de surveillance intégrant l'intelligence artificielle (IA) montre son efficacité dans la garantie de la sécurité routière. Photo : VNA

Pour les appareils aériens sans pilote (UAV), des missions ont été commandées par le ministère de la Défense nationale pour la reconnaissance et les opérations de secours, par le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement pour des applications agricoles et environnementales, ainsi que par le ministère de la Santé. S’agissant des robots mobiles autonomes, les commandes concernent principalement le ministère de l’Industrie et du Commerce pour la logistique et les usines, le ministère de la Sécurité publique pour la sécurité, ainsi que les collectivités locales pour le développement urbain.

Pour les six produits technologiques stratégiques, le ministère des Sciences et des Technologies a également défini des critères et exigences précis en matière de capacités technologiques, de taux de localisation et de capacité à participer aux chaînes de valeur, ainsi que des mécanismes préférentiels en faveur des entreprises participant à leur développement.

Celles-ci doivent notamment être capables de mener les activités de recherche et de maîtriser l’ensemble des étapes, de la conception, de l’intégration et de la fabrication aux essais et au déploiement dans des applications concrètes. Elles doivent maîtriser au moins 80 % des technologies fondamentales du produit ; la valeur ajoutée domestique doit représenter au moins 60 % du prix de vente du produit et au moins 40 % de son coût de production. Les entreprises doivent également développer des modules à forte valeur ajoutée, susceptibles d’être commercialisés au sein des chaînes de valeur mondiales

L'intelligence artificielle contribue efficacement à la transition du secteur de la santé, qui privilégie désormais la prévention des maladies au traitement. Photo : VNA

Les produits doivent pouvoir se substituer aux importations, répondre à au moins 30 % de la demande du marché intérieur et viser les marchés d’exportation. En outre, au moins 60 % des missions de recherche menées par l’entreprise doivent avoir fait l’objet d’une demande d’enregistrement de protection des droits de propriété intellectuelle acceptée, tandis que 100 % des résultats doivent être publiés dans des revues scientifiques reconnues.

Dans le cadre de ce programme, les entreprises bénéficieront de financements publics, avec une priorité dans l’allocation des 15 % des dépenses budgétaires totales consacrées aux activités scientifiques et technologiques. Elles bénéficieront également d’un soutien sous forme de prêts à taux préférentiels et de différents types de bons de soutien financier (« vouchers ») destinés notamment aux activités d’enregistrement et de protection de la propriété intellectuelle et au renouvellement technologique.

Le parc technologique de Hoa Lac bénéficie d'opportunités sans précédent pour une transformation majeure, avec l'ambition de devenir un pôle d'innovation national. Photo : VNA

La sélection des six groupes de produits technologiques stratégiques prioritaires à mettre en œuvre ne constitue pas seulement une concrétisation des grandes orientations définies par la Résolution n° 57. Elle constitue également un test de la capacité de pilotage des politiques publiques et de la coordination de l’ensemble du système national d’innovation.

Si les goulets d’étranglement institutionnels, les obstacles liés au marché et les limites de l’écosystème sont levés, le Vietnam disposera pleinement des bases nécessaires pour maîtriser progressivement les technologies fondamentales, participer plus profondément aux chaînes de valeur mondiales et faire des sciences et technologies un moteur d’un développement rapide et durable à l’ère numérique.- VNA

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Le représentant de la société Le Hoang Robotics partage son point de vue lors des Tech Awards 2025 à Hô Chi Minh-Ville. Photo : VNA

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