Mystères millénaires : les trésors nationaux s’éveillent à Da Nang
LongForm - Ngày đăng : 11:23, 09/04/2026
Mystères millénaires : les trésors nationaux s’éveillent à Da Nang
La convergence de 19 trésors nationaux à Da Nang n'est pas qu'une simple exposition, mais un voyage éveillant l'âme des reliques, ouvrant un dialogue fantastique entre un passé glorieux et le rythme urbain moderne.

Au cœur de la dynamique ville de Da Nang, où les les gratte-ciel de verre se reflètent dans les eaux du fleuve Han, existe un espace où le temps semble suspendu. Dès que l’on franchit les portes du Musée de la sculpture cham, le tumulte de la ville s’efface, laissant place au silence solennel de statues de grès vieilles de plusieurs siècles.
Ici, 19 trésors nationaux se dévoilent comme autant de codes culturels, racontant l’âge d’or des civilisations de Dong Son, Sa Huynh et Champa. Les visiteurs ont le sentiment d’entrer dans un voyage où les patrimoines millénaires se réveillent et brillent à nouveau au cœur de la ville moderne.
La « Joconde » de l’Orient
Parmi ces trésors, la statue en bronze de la Bodhisattva Tara fascine particulièrement. Considérée comme le chef-d’œuvre absolu de l’art de la fonderie cham, elle allie majesté et compassion, avec un regard profond incrusté de pierres précieuses. Sous les éclairages du musée, la patine verte du bronze ancien lui confère une aura mystérieuse, évoquant une véritable « Joconde » orientale.


Statue de la Bodhisattva Tara. Dans les traditions bouddhiques mahayana et vajrayana, cette divinité féminine symbolise la compassion, le salut et l’éveil. Photo : Vietnam+
Cependant, derrière cette beauté se cache une histoire mouvementée et énigmatique. Découverte en 1978 par des habitants sur le site bouddhique de Dong Duong, à 1,5 mètre de profondeur, la statue avait alors été endommagée : ses mains avaient été brisées, en raison d’une méconnaissance de sa valeur.
Cependant, derrière cette beauté se cache une histoire mouvementée et énigmatique. Découverte en 1978 par des habitants sur le site bouddhique de Dong Duong, à 1,5 mètre de profondeur, la statue avait alors été endommagée : ses mains avaient été brisées, en raison d’une méconnaissance de sa valeur.

Le chercheur Ho Xuan Tinh, ancien directeur adjoint du Service de la Culture, des Sports et du Tourisme de la province de Quang Nam, affirme que la comparaison entre les cassures et les reliques a dissipé tout doute : « La main droite de Tara tient un lotus, sa main gauche une conque marine, symbole du son du Dharma du Bouddha ».
Huynh Mai Bao Phuong, guide au musée, ajoute que cette restauration ne restitue pas seulement l’apparence originelle de l’œuvre, elle illustre également la force de la préservation du patrimoine à travers le temps.
Les récits sculptés dans la pierre
Si Tara incarne la perfection du métal, les autels en grès tels que My Son E1 et Tra Kieu apparaissent comme de véritables épopées gravées dans la pierre. L’autel de My Son E1 (VIIe–VIIIe siècle) constitue une source précieuse sur la vie religieuse ancienne. Sur 14 blocs assemblés, les artisans ont minutieusement représenté la vie quotidienne des brahmanes : lectures de textes sacrés, enseignement, méditation, yoga ou musique au cœur de la nature.




Piédestaux de My Son (à gauche) et de Tra Kieu (à droite). Photo : Vietnam+

À l’inverse, l’autel de Tra Kieu séduit par ses danseuses apsaras, aux postures tribhanga d’une grande élégance. Les courbes délicates donnent l’impression que la pierre elle-même s’anime sous les mains des artistes. Les scènes illustrent notamment l’épopée du Ramayana, en particulier le mariage de Rama et Sita, dans le style caractéristique de Tra Kieu du Xe siècle.
Le mystère atteint son apogée avec la statue du dieu Shiva de My Son C1. Derrière son apparente immobilité se cache un débat qui traverse les siècles.
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Si l’architecte Henri Parmentier y voyait autrefois un Shiva ascétique, des chercheurs contemporains y reconnaissent plutôt la figure du Devaraja — le dieu-roi, fusion du pouvoir royal et du sacré. Ce symbole de puissance se reflète dans des détails remarquables, tels que les lobes d’oreilles allongés, autrefois ornés de lourdes boucles en or, transformant la sculpture en portrait d’un souverain divinisé.
Dans la spiritualité cham, Shiva occupe une place centrale, comme en témoigne la présence du Mukhalinga — un linga à visage divin — découvert en 2012 après une forte pluie à My Son. Cette œuvre, où le visage du dieu émerge de la pierre, symbolise à la fois l’énergie créatrice et le culte du dieu-roi.
Encore plus rare, une tête de Shiva en alliage d’or datant du début du Xe siècle servait de parure rituelle pour le linga. Avec ses trois yeux, sa chevelure nouée et ses longues oreilles ornées, elle reflète à la fois l’excellence de l’orfèvrerie et la puissance de la civilisation champa à son apogée.

Un dialogue des cultures à travers les millénaires
Le parcours ne se limite pas à la culture champa. La présence de tambours et de jarres en bronze de la civilisation de Dong Son, aux côtés des bijoux en or de Lai Nghi de la culture de Sa Huynh, compose une mosaïque culturelle exceptionnelle.

Le tambour de Dong Son (IIIe–IIe siècle av. J.-C.) se distingue par des motifs uniques, tels que des animaux mythiques rarement représentés. Quant aux bijoux en or de Lai Nghi, ils témoignent du raffinement et du savoir-faire remarquable des anciens habitants du Centre du Vietnam. La coexistence de ces trésors issus de différentes civilisations dans un même espace souligne le rôle de Da Nang comme carrefour culturel depuis des millénaires.
Aujourd’hui, l’exposition dépasse largement le cadre traditionnel. Le musée intègre des technologies modernes, permettant aux visiteurs d’accéder, via des codes QR, à des contenus interactifs et d’explorer en profondeur l’histoire et la signification de chaque œuvre.




Quatre des 19 trésors nationaux exposés sur place. Photo : Vietnam+
Selon Le Thi Thu Trang, directrice du musée, l’objectif est de permettre au public de mieux comprendre l’identité culturelle de Da Nang - une ville à la fois moderne et profondément enracinée dans son histoire. Attirant chaque mois des dizaines de milliers de visiteurs, dont une majorité d’étrangers, ces trésors deviennent de véritables ambassadeurs culturels.
Ainsi, le voyage millénaire se poursuit au cœur de la ville. Ces trésors ne sont pas figés derrière des vitrines : ils vivent, inspirent et rappellent un héritage exceptionnel. Da Nang ne construit pas seulement des ponts modernes au-dessus du fleuve Han, mais aussi des passerelles culturelles reliant le passé à l’avenir. -VietnamPlus
